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François Andes, Lasécu - Espace d'art contemporain à Lille
Exposition Terminée

François Andes

13 mai > 13 juil 23
Vernissage vendredi 12 mai à partir de 18h30, repas ''after'' à 20h30 réservation sur place.
François AndesFrançois AndesFrançois AndesFrançois Andes
Entrer dans l’univers de François Andes revient à s’aventurer dans une plongée dans le temps. Puisque l’on sait – si l’on ose la métaphore des travaux – quand on démarre mais pas quand on en sort, tant son imaginaire est foisonnant, riche et merveilleux dans le sens du mot latin mirabilia qui caractérise les choses étonnantes et admirables. Le monde qu’il nous offre à sillonner du regard n’appartient pas tout à fait au nôtre, tout au moins ce ne sont pas les mêmes règles qui le régissent.
Le surnaturel y a droit de cité. Au coeur d’une forêt fantastique se croisent des êtres hybrides mi-humains, mi-animaux, dans un ailleurs intemporel. On y rencontre des personnages sortis de contes de fées, de mythes ancestraux, de fables, de légendes, d’épopées et de fantasy… Dans cette imprécision sur le plan géographique, mais avec une récurrence de certains motifs: la forêt, la cabane ou la construction, le chevalier, les lutins, des monstres, … nous progressons en territoire magique peuplé de chimères étranges. Le rapport de François Andes à la forêt semble proche de la croyance en l’existence d’une âme propre à la nature qui se fait jour dans les rites du candomblé. De ce foisonnement végétal sourd une fascination terrifiante qui nous plonge avec délice dans les rêves cauchemardés de notre enfance. S’y mêlent les ambiances propres aux primitifs flamands Jérôme Bosch, Pieter Brueghel l’Ancien, aussi bien qu’au réalisme magique de Jorge Luis Borges ou de Gabriel Garcia Marquez ou encore au cinéma de Fellini ou de Alejandro Jodorowsky…. On sent dans les dessins de François Andes ces croisements de cultures au sein de récits issus de la tradition orale, religieux ou païens, truffés de références non citées, marqués par l’absence totale de frontière entre le rêve, l’imaginaire, l’hallucination et le monde de la réalité. Mais on perçoit également un syncrétisme plus vaste qui amène au spectacle, la mise en scène, la danse, le monde des mangas comme celui du cinéma, de l’opéra.
Le dessin représente pour François Andes une pratique quotidienne. Il ne s’arrête jamais de dessiner et y voit même un aspect ouvrier. Il s’agit de ne pas perdre la main, comme un pianiste fait ses gammes. Insomniaque, il nourrit ses nuits blanches de feuilles de papiers immenses qu’il noircit patiemment de son univers personnel. Il revendique un travail non maîtrisé qui croît au gré de son imagination et accepte les erreurs techniques et les invraisemblances en refusant la virtuosité. Et pourtant son trait se fait précis, insistant, fouillant sans cesse dans la profondeur du végétal pour y faire surgir les personnages qui le peuplent. La composition n’est pas pensée au préalable cependant son équilibre s’établit au fur et à mesure, par l’action de la mine de plomb qui se déploie sur le papier suivant les méandres de son auteur. Viennent alors dialoguer les pleins et les vides, les noirs et les blancs pour faire naître des rencontres entre êtres et plantes.
 
Isabelle de Maison Rouge
Historienne d’art  et docteur en art et sciences de l’art 
Critique d’art et commissaire d’exposition
Professeur à New York University Paris. Artiste-chercheur



François Andes invente un monde dont le bestiaire dessine la perte et le plaisir. Sadiques mi-humains mi-animaux aux dents rouges ignorent le deuil ou la mélancolie. Tout est de l'ordre de la coupure, de la charcuterie on est plus près de Peter Witkin que Sarah Moon. Mais ce travail (dessin, installation, performance, sculpture) permet de reconnaître le lieu où le sujet se creuse, se mange du dedans. Montrer les monstres qui nous hantent et que nous agitons avec voracité revient à tatouer notre vide, à le "grogner".
En conséquence François Andes apprend comment demeurer fidèle à la bête et paradoxalement la montrer devient la tentative de mettre des noms sur les animaux qui nous boivent, nous sucent, nous crachent, nous absentent plus que de fantasmer "écologiquement" à leur sujet. Ce n'est plus le sujet !
L’art peut donc l’animal. La décision radicale qui habite le créateur l’impose mais selon une vision "gonzo". "L'animalisation" crée moins la coagulation de nos fantasmes que de nos fantômes.
Elle nous affecte mais sous le mode de l’incompréhension sidérante. Le créateur anime tous les étrangers qui lient au peu que nous sommes. Ils deviennent la visualisation de l'espace qui nous sépare de nous-mêmes et rappellent la vie d'avant le jour et d'avant le langage.
Il convient d’entrer dans leur épaisseur : nous nous débattons avec eux non sans ambiguïté et hérésie. Il faut donc préférer cette imagerie de nos damnés et souhaiter l’impureté du zoo qui nous habite à la caserne de notre prétendue pureté.
François Andes fait passer du paroxysme de l’idéal à l’abîme bestial, son enfer, sa germination. L'oeuvre fabrique une perspective que nous voulons ignorer. Elle est sans le vouloir politique et héroïque quoique déclinée sous le joug amical de ma dérision. Chaque pièce permettre de se souvenir de grands soirs ou de cauchemars qui ne sont pas encore advenus. Cela sent le souffre et la farce. L'oeuvre constitue la longue allée inaccomplie des animaux. Allant à leur chasse ou à la buvette à travers nos déserts d‘ennui nous les annexons et l'artiste le dévoile. Sans cesse donc nos bêtes glissent vers le tronc de nos heures et de nos nuits.
Nous sommes comme les "personnages" du créateur. Comme eux nous nous revêtons d'un pelage ou nous nous vautrons dans des fables iconoclastes. D'où la séparation des êtres de leur ange gardien au profit du suint de Méphisto fait d'aise et de ses griffes. Reste le pouvoir de la bête. Sa hantise, ses coloris, ses cris, ses poils, son rire, sa dynamique. D'où l'incendie baroque où l'animal n'est jamais maîtrisé. Il serpente, écrasant ou attisant l’inconscient qui s'y concentre pour percer sa peau fuyante. François Andes l'a bien compris. Qu'est notre corps si ce n'est une immense réserve sauvage ?
Pour nous en défendre l'homme a inventé par narcissisme le religieux. Il est devenu le sens de notre moindre. Mais en dieu l’esprit est aussi aveugle qu’impatient. Il se doit de ne revenir qu’à l’animal. Et Dieu voulant nier ce “qu'” s'est renié lui-même. La hantise primitive de l’animal demeure. Dieu est une invention et l'oeuvre une immense fouille zoologique. Elle renie nos figures de majesté et permet d'entrer dans nos savanes et nos jungles Nos viscères sont autant de canyons qui offrent les fissures où se cachent le cochon, la pie voleuse, le charognard.
Montrer la bête et les étranges figurent que François Andes propose revient donc à s’arracher à cette erreur essentielle d'être au-dessus d'elle. Une autre face du monde se déploie. Peu à peu l’animal humain sort de sa porcherie, de son zoo. De nos écuries surgissent nos hiatus, bribes, fragments, lacunes, stupeur. Au Pierrot d’amour fait face le porc des herbes de nos fossés. Il dort dans sa merde. Plume, peau, pelage, écaille, ongle, corne, mue de serpent : en ses animaux l’homme est un et innombrable. Il est de l'ordre de l’antre et de la bauge où bat le ventre porcin qui accouche de la chimère. L’humanité devient suspecte, François Andes ne coupe plus son groin : elle montre les mensonges de ses brames amoureux.
Grâce à François Andes l'animal rit. Mieux : l'âme humaine est soluble dans la bête. Certes la vache en nous ne rêve pas forcément de l’Inde. Mais il se peut bien soudain que l’éléphant qui nous habite vive dans la hantise d’être trompé. A moins que notre rat d'eau méduse en ces manteaux de vision. Vits-pères et porcs vaguement épiques différencient le travail du deuil de celui de la mélancolie. Ne reste alors que le trou de la nuit sexuelle. On ne peut plus la cacher dans des plans qu’on voudrait translucides.
L'artiste élimine bien des repères grammaticaux et sémantiques des images. L'oeuvre arrache des clôtures des renaissances et il existe un réel plaisir à se "vautrer" en elle et ses labyrinthes. Ce sont d’eux d’où nous venons et vers laquelle nous retournons. Ils sont comptables à nos viscères dont les canyons cachent le cochon, la pie voleuse, le charognard.
D'où la question que pose l’oeuvre : que devient le mot “ art ” quand il découvre les bêtes en nous ?
Peut-il les apprivoiser ? En quel sens le mot “ art” peut-il être mettre à nu la bête ?
L'exposer ne revient pas à s'en défaire. Mais une telle nudité peut mettre au moins au jour ce qui fait la débauche, la pusillanimité, l’absence de vertu. Cette nudité culpabilise en même temps qu’elle sexualise le mot “ art ” en affrontant jusqu’au bout l’animalité.
“Tu dois regarder, regarde” dit en substance François Andes. Il n’est pas jusqu'au sexe à devenir pieuvre, mollusque à ventouses. Avec le créateur le spéculum est dans la tête, le couteau à dissection dans le coeur. Ce dernier devient une entraille gonflée de rats et de serpent. Leur peste et leur venin sont partout. Ils éclairent la vase du sang qui les cache. L'oeuvre taille, cisèle, éclabousse plus qu’elle détruit. C’est le marteau et le scalpel du chirurgien. Mais avec humour.
Reste le châssis retourné des êtres sous leur peau fuyante. Marie, de vierge, devient chienne vénérée.
La mante est peu religieuse. Une autre face du monde se déploie. Tout s’éloigne du reflet.
L’image pieuse peut devenir athée. Le porc dérive, il monte sur un pont suspendu au-dessus de notre vide. Il renvoie à l'affolement dont il sort en son le cri absurde de joie.
Peu à peu l’animal humain ne cherche plus les fausses traces et ses chausses trappes. Le chauve sourit à l'intérieur de sa tête. En surgissent hiatus, bribes, fragments, lacunes, stupeur, rires.
Peu à peu les images admises tombent comme des feuilles mortes. Les images ne parlent plus le langage de l’amour courtois. Il joue à l’extrême, sur la pointe qui se mesure à l’iode blanc du sperme. La truie n’espère rien des hommes. Elle renvoie à une frontière entre deux chaos : celui de la mer, celui des vastes étendues continentales. Nous sommes en territoire - conquis (et non pas en territoire conquis).
L’art lui-même devient truie. Dans sa matière opaque tout est miroir. Mais il existe aussi tout ce qui ne se voit pas encore : les millions de lombrics, des centaines d'oiseaux, des limaces et des taupes. En ses animaux l’homme est un et innombrable. Il est de l'ordre de l’antre et de la bauge où bat le ventre porcin qui accouche de la chimère.
L’humanité devient suspecte, forniquant à sec, sécrétant sa sève. Nous ne sommes déjà plus de notre monde mais de celui des abattoirs. François Andes ne coupe plus notre groin, il le rallonge montrant que nous sommes fils de Gepetto. Il montre les mensonges de nos brames.
Preuve que l'art naît dans une fièvre de cheval. Et si tout est bon dans le cochon, chez le charcutier François il en va de même. On reprochera peut-être un jour à un homme d’avoir sali sa mère sans demander à cette dernière où sa charité s’arrêta.
Nos vraies pensées sont donc animales. La bête parle à travers elles. Même si, comme les indiens, elle se tient en réserve. Lâchons nos dobermans. En soi(e) le ver est profond. Alors avec François Andes : en avant doute. Cochon qui s'en dédit.

Jean-Paul Gavard Perret
Critique d'Art et maître de conférence.
Spécialiste de l'image au XXéme Siècle et de l’oeuvre de Samuel Beckett.
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