Lasécu : l'art au cœur de Fives, rencontre avec Ludovique Tollitte
Presse
le 21.10.2026,
Rencontre avec Ludovique Tollitte, artiste auteure et présidente de l’association qui gère Lasécu.
Exprime d'automne 2026 - Magazine participatif et citoyen - Article de Magali et Yosserian
Exprime – En quelques mots, peux-tu nous présenter Lasécu ?
Ludovique Tollitte – Le lieu a été fondé, il y a 25 ans, par Patrick Poulain qui est graphiste. Il a acheté ce bâtiment dans l'idée d'en faire un lieu d'art et son lieu de travail. Lille ne comptait pas beaucoup de galeries indépendantes : il y en a davantage aujourd'hui, mais elles vivent du commerce d'art. Ce n’est pas l’objectif de Lasécu :
Nous voulons montrer de l'art de façon complètement libre.
Même si on reçoit des subventions, notamment de la Ville de Lille, ou si on noue des partenariats, comme avec Lille 3000, on est complètement indépendants dans la programmation. L’autre objectif de Lasécu, c’est d'offrir l'art à tout le monde, en étant implanté dans un quartier populaire ouvert au plus grand nombre.
E – Comment fonctionne l’artothèque ? Est-ce que l’emprunt est gratuit comme à la bibliothèque ?
LT – Non, tu payes une adhésion à l’année et tu peux emprunter une œuvre tous les trois mois. Notre équipe de médiation ne se rend pas chez les gens, mais elle travaille ici. Elle aide les gens qui ne savent pas quoi choisir, notamment avec la sélection accrochée dans la boutique et qui change régulièrement.
E – Quels sont les publics qui viennent à Lasécu ? Vous arrivez à attirer les Fivois·es ?
LT – On arrive à attirer la population fivoise avec les ateliers, mais on n’arrive pas à fidéliser dans le temps. On a des contacts avec les centres sociaux, par le biais du pass Culture, par l’adhésion d'écoles à l’artothèque et les médiations qu’elles demandent. C’est moins évident d’attirer les familles : on y arrive ponctuellement, mais elles ne reviennent pas forcément. Par exemple, l’exposition de Philippe Katerine était un super coup de projecteur, mais les gens qui sont venus pour lui ne sont pas revenus après.
C’est moins évident d’attirer les familles.
E – Quelle est la ligne curatoriale de Lasécu pour choisir les artistes exposé·es ?
LT – On fait que ce qu'on veut ! Notre équipe de programmation bénévole essaie de varier entre les artistes que nous découvrons et ceux qui nous envoient leur dossier de candidature, entre des personnes inconnues et d’autres carrément connues, et aussi de varier les médias. On essaie aussi de ritualiser une exposition annuelle avec des étudiants en école d’art ou en sortie d’école.
E – Comment es-tu devenue présidente de Lasécu ?
LT – J’ai exposé ici trois fois, donc je connais le lieu. Patrick Poulain a suivi mon travail dès ma fin d’études : il m’a beaucoup aidée à démarrer mon activité, à montrer mon travail. Il est d’abord venu me chercher pour l'aider à la programmation : j’ai fait ça avec lui pendant plusieurs années. Avant de partir à la retraite il cherchait une équipe pour lui succéder et faire perdurer les valeurs de Lasécu.
Moi, j’avais envie que Lasécu continue d’exister et de montrer des artistes, à aider des jeunes, comme elle m’a aidée.
E – Quel conseil donnerais-tu à un jeune artiste ?
LT – Il faut toujours être mobile, toujours faire évoluer son travail. Il ne faut pas rester assis sur ce qu'on croit avoir réussi à faire. Il faut prendre le risque de changer et de se laisser grandir, mais en restant soi-même. Je pense que la pire chose pour un artiste, c’est de reproduire ce qu’on a déjà fait : il faut réussir à être différent dans chaque projet.
E – Est-ce que l’IAgen impacte ta démarche artistique ?
LT – Ça impacte ma démarche d'enseignant : je n’ai pas du tout envie d’utiliser l’IA générative, mais elle existe et il faut que les jeunes soient formés et conscients que ça ne respecte pas les droits d’auteurs. Ce n’est pas souhaitable d’interdire l’IAgen aux étudiants : il faut les former dans l’époque où ils vivent et leur apprendre à l’utiliser dans une pratique artistique faite en conscience. Dans ma création artistique, comme je suis vraiment écologiste, j’ai vraiment du mal avec ça. Mais je veux me positionner en ce sens et faire en sorte que les gens soient au clair avec la dépense énergétique que ça représente.
Je n’ai pas du tout envie d’utiliser l’IA générative.
E – Comment peut-on penser l’art aujourd'hui, à l’époque du consommer/jeter, où tout défile très vite et où l’IAgen produit beaucoup d’images, mais de mauvaise qualité ?
LT – Je me dis qu’une des choses qui expliquent qu’il y a moins de gens dans les expositions, c’est qu’ils voient déjà beaucoup d’images sur d’autres supports que sur les murs et que ça leur suffit. C’est un nouveau challenge de rappeler au public l’importance de ressentir physiquement les choses et de se confronter à la matière pour comprendre que les images de l’IA sont mauvaises.
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